La CORIANDRE : épice, aromate et condiment

Coriandre 002

Délicieusement parfumée et parfois … puante 

 

Par ses graines, qui se récoltent facilement et en abondance et se conservent bien, la  coriandre est sans doute une des toutes premières épices de l’humanité. Par son feuillage et ses racines, la coriandre est l’ingrédient indispensable à la préparation de nombreux plats exotiques particulièrement savoureux. 

 

Cette plante est aujourd’hui universellement appréciée pour ses qualités culinaires. Mais dans le potager, le jardinier l’identifie et l'apprécie beaucoup moins au mois de juillet, jusqu'à éviter franchement de la côtoyer. En effet, la vraie coriandre, lorsqu’elle se met en graines, exhale une odeur  nauséabonde et persistante qui rappelle furieusement celle – proverbialement désagréable – que répandent des punaises. C’est d’ailleurs ce que nous rappelle l’éthymologie du mot « coriandre », formé à partir des termes grecs Kori (= punaise) et Andros (= homme). 

 

Les punaises à bouclier ou pentamones sont des insectes hémiptères capables de secréter une substance si franchement répulsive qu’elle peut provoquer des maux de tête aigus et des nausées chez certaines personnes. Pauvre jardinier qui devra attendre une magique déclinaison culinaire pour lui trouver odeur agréable … 

 

Signe des temps : à l’ère des pesticides, beaucoup de gens n’ont jamais vu de punaises ni reniflé leur odeur … et l’analogie leur échappe. Mais il y a quelques dizaines d’années encore, celui chez qui la présence de cet insecte était constatée, était vigoureusement mis au ban social. Pour illustrer cette mentalité révolue, je signale ce curieux Arrêt rendu en 1874 par le Tribunal civil de la Seine qui condamnait les locataires d’immeubles chez qui la présence de tels insectes était constatée à l’expulsion et au paiement de dommages et intérêts substantiels. 

 

Mais assez de provocation malicieuse ! Je ne veux pas médire la coriandre, qui a par ailleurs mille propriétés utiles et agréables. Dans l’imaginaire collectif qui s’est construit à travers plusieurs grandes civilisations successives, la coriandre a toujours tenu un rôle positif de premier plan. Elle fait l’objet d’un  nombre impressionnant d’anecdotes relatives à ses vertus, les unes relevant de rites magiques ou religieux, les autres à des usages médicinaux dont la pertinence – souvent – a été confirmée par les connaissances scientifiques modernes.

 

 

 

 

 

 

 

« Passeport, s’il vous plaît ! » 

 

 

Nom français usuel : 

CORIANDRE

 

 

 

Synonymes et appellations vernaculaires françaises :

 

 

 

Anis pudent

Couriante

Loriante

Persil arabe

Persil chinois

Punaise mâle

Scoriandre

Famille : Ombellifères (ou Apiacées)    

 

Nom latin :                Coriandrium sativum

 

Nom allemand :         Koriander

 

Nom anglais :            Coriander

 

Nom espagnol :         Cilantro

 

Nom italien :              Coriandolo

 

Néerlandais :             Koriander  

 

 

La coriandre sauvage est probablement originaire d’Asie, où on a relevé – en Chine – des indices de sa consommation remontant à plus de 5000 ans. Par contre, on ignore encore si, botaniquement, son aire naturelle de répartition s’étendait déjà jusqu’en Afrique du Nord à une époque aussi reculée. Ce qui est certain, c’est que les peuples du Mahgreb y cultivaient et consommaient la coriandre il y a plus de 3500 ans. Depuis, la croissance de cette plante aromatique est devenue généralement spontanée dans tous les pays bordant la Méditerranée.

 

Observons un plant de coriandre

 

Coriandre - plante (uni-graz-at)

 

 

 

 

 

C’est un plante annuelle aux tiges cylindriques, droites, ramifiées vers le haut, s’élevant à 50-60 cm de hauteur. 

 

Les feuilles sont composées : leur forme est plus petite et plus découpée dans le haut de la plante que dans le bas. En observant une plante mature, on a donc l’impression de deux zones de feuillages distinctes. 

 

Les fleurs, petites, groupées en ombelles, sont de couleur blanche ou rose. Hermaphrodites, elles s’autoféconderont  pour donner chacunes une paire de graines, appelées akènes.

 

   

 

 

Cuisinez joyeusement avec la coriandre

 

 

 

Chouette ! Toutes les parties de la plante sont utilisables en cuisine et dégagent – à des degrés divers – le même arôme puissant, si caractéristique de la cuisine thaïlandaise. Le succès rencontré depuis une vingtaine d’années par les nombreux restaurants thaï qui se sont ouverts dans le monde occidental a été un des facteurs les plus influents du succès commercial de la coriandre fraîche.  Auparavant, la coriandre n’était consommée chez nous que sous la forme de graines.

  

 

 

 

 Les feuilles et les tiges vertes

 

20080125 007 Coriandre

 

 

Il faut tenir compte de leur goût relativement fort, plus fort en tous cas que celui des graines.  

 

Dans la bonne cuisine comme dans bien des domaines, le plus est l’ennemi du mieux. C’est particulièrement le cas avec la coriandre, qu’il faut savoir doser avec modération. 

 

En préparations crues, quelques feuilles finement hachées suffisent généralement. Elles parfumeront significativement vos salades, même en très faible quantité. 

 

Dans les préparations chaudes, la coriandre doit être introduite le plus tard possible en cours de cuisson des autres ingrédients. Trois minutes suffisent amplement.  La réussite de votre recette pourrait être compromise si vous la laisser cuire longtemps. 

 

Le feuillage de la coriandre fraîche se fane vite (à plus forte raison, lorsqu’elle est  issue de culture hydroponique, dont je reste un farouche adversaire !). En le conservant avec ses tiges et ses racines dans un sachet en plastique placé au frigo, on améliore sa durée de conservation de plusieurs jours.

 

 

Les feuilles de coriandre séchées et émiettées que l’on trouve parfois dans le commerce n’ont plus aucun intérêt aromatique. Autant les proscrire sans ménagement ! C’est du bluff commercial.

 

 

 

Si vous possédez un excédent de feuilles et de tiges de coriandre, il vous est loisible de les conserver en les ciselant ensemble puis en les congelant en petits glaçons avec très peu d’eau . Leur saveur sera bien préservée. 

 

 

Feuilles et tiges sont les ingrédients indispensables pour la préparation des « curry verts » thaï et de différents « chutneys » indiens. De même, on ne saurait s’en dispenser dans les salades, les marinades et beaucoup de sauces.

 

 

 

   

 

Les fleurs

 

 

Coriandre en fleurs
 
 

 

Les boutons floraux, encore verts, sont un délice que mettent en valeur les cuisines chinoise, indienne, pakistanaise et bengali (Bangladesh). Ce plaisir vous sera réservé si vous cultiver de la coriandre dans votre potager. Je n’ai pas souvenir d’en avoir vu en région bruxelloise sur le marché vivrier.

 

 

 

 

 

 

Les graines

 

Coriandre - graines vertes (naturedirect2u.com)corianderpic2
 

 

 

Chez nous, les graines se récoltent au potager en juillet-août. Il faut les prélever avant leur pleine maturité, et les mettre à sécher dans un endroit sec. Bien protégées de l’humidité, elles conserveront bien pendant deux ans. 

 

La saveur des graines est nettement plus douce que celle des autres parties de la plante. C’est sous cette unique forme que le monde occidental a consommé longtemps  la coriandre. Evitez d’acheter la poudre de graines proposée dans la grande distribution; achetez des graines entières et torréfiez-les au four ou dans une poêle tefal pendant quelques minutes. Broyez-les au dernier moment. Vous aurez décuplé leur parfum.

Coriandre - graines (uni-graz.at)

 

 

Un pincée de coriandre en graines est un must dans les marinades, les court-bouillons, les salades de fruits et les pâtes à gâteau orientales.

 

 

Petit truc :  

 

La cuisinière méticuleuse que vous êtes certainement aura naturellement tendance à sélectionner les plus belles graines, régulières et de couleur claire. N’éliminez surtout pas les graines plus foncées et de forme moins symétriques; ce sont celles qui ont le plus d’arôme.  

 

Le saviez-vous ?  

 

En Allemagne, les graines de coriandre entrent dans la préparation de la célèbre choucroute, qui n’a pourtant rien d’un plat exotique.

 

Les propriétés aromatiques, apéritives et digestives des graines sont depuis longtemps mises à profit dans la liquoristerie française. Elles sont notamment utilisées dans la préparation de la Chartreuse ou de la célèbre liqueur basque Izarra.

 

 

 

 

 

 

 

Les racines


Coriandre (pharm.chula.ac.th) 
 

 

 

 

 

Les racines de coriandre sont plus essentiellement utilisées dans les cuisine thaï et indienne. D’expérience, je trouve préférable de les piler au mortier plutôt que de les hacher. Pour ce faire, lavez soigneusement les racines, puis écrasez-les  dans le mortier avec d’autres ingrédients, tel que l’ail, le cumin, le lemon grass, le piment ou le poivre.

 

 

  

 

 

La coriandre dans votre jardin

 

 

 

Si vous semez  la coriandre à la fin du printemps (4 à 5 graines par poquets espacés de  20 cm), elle poussera facilement. Elle n’exige qu’un sol bien draîné et un bon ensoleillement. Un sol calcaire est plutôt favorable. Si vous souhaitez utiliser davantage les feuilles de coriandre, couper les hampes florales lorsqu’elles atteignent 25 cm de hauteur. Vous retarderez l’apparition des fleurs, qui stoppe naturellement la croissance du feuillage. La coriandre résiste bien à la chaleur et même au froid (-5°C), mais la souche racinaire ne doit jamais être ni détrempée, ni complètement desséchée. 

 

 

Les graines se récoltent à la fin de l’été, de préférences encore vertes. Pour ce faire utilisez un grand sac en papier que vous renversez et glissez délicatement sur les hampes florales surmontées d’ombelles chargées de graines. Reserrez le sac autour des tiges que vous couper ensuite au ciseau. Les bouquets ainsi recueillis seront suspendus la tête en bas et mis à sécher dans un endroit sec. Les graines tomberont progressivement dans le sac en papier, où il vous suffira de les recueillir après 2 ou 3 semaines.

 

 

Attention ! La coriandre déteste le fenouil et dépérit si l’on prétend la faire pousser dans son voisinage. Par contre, elle apprécie la compagnie du persil et du cerfeuil, avec lesquels il ne faudra pourtant pas la confondre visuellement.

 

 

 

 

inter 

La coriandre, ses vertus et notre santé

 

 

 

 

 

Qui ignore encore la réputation aphrodisiaque de la coriandre ? Ce n’est pas entièrement un légende, mais l’effet aphrodisiaque se situe loin en dessous de la réputation qui lui est faite. On peut tout au plus considérer que – chez les hommes souffrant d’hypertrophie de la prostate – elle atténue la difficulté d’avoir une relation sexuelle normale en facilitant l’éjaculation.

 

 

Outre ses réelles vertus apéritives et digestives, la coriandre est connue pour ses effets antispasmodiques. Elle est efficace dans les cas de crampes d’estomac, de coliques et contre la diarrhée.

 

 

La coriandre agit comme antiseptique dans les bains de bouche destinés à calmer les douleurs dentaires.

 

 

Réduite en pâte et appliquée localement, elle soulage certaines douleurs articulaires et les hémorroïdes.

 

 

Dans la notice historique que je vous  propose en dernière partie de cet article, j’évoquerai les récentes découvertes scientifiques (2004) sur les pouvoirs d’antidote de la coriandre, dont l’effet antibactérien semble supplanter les antibiotiques de référence en cas d’empoisonnement alimentaire.

 

 

D’autres expériences récentes réalisées en laboratoire avec des souris diabétiques ont démontré une diminution de leur taux de glycémie après avoir été nourries avec des graines de coriandre. Cette propriété de stimuler la sécrétion d’insuline ouvre de nouveaux espoirs et de belles perpectives dans le traitement du diabète chez l’homme.

 

 

Attention ! Bien que les manuels d’herboristerie ne le mentionne que rarement, les personnes soumises à un traitement anticoagulant sensé les prémunir de risques cardiovasculaires, (tel  celui, très répandu, au Sitrom®) devraient éviter une consommation journalière de coriandre. Tout simplement parce que la coriandre favorise, elle, l’effet contraire, c’est-à-dire la coagulation.

 

    

 
 
 
 
Un brin d'histoire

 

 

 

 

« Ex oriente lux ! »  Notre héritage oriental en général, et chinois en particulier, est absolument considérable dans bien des domaines. C’est particulièrement le cas en ce qui concerne nos légumes et nos condiments. 

 

La coriandre en est un exemple parmi des milliers d’autres. En Chine, où elle poussait spontanément, son utilisation remonterait à la période néolithique … soit à plus de 5.000 ans. Cette plante symbolisait la longévité de la vie humaine, voire  l’immortalité. 

 

En Afrique, les Égyptiens lui attribuaient rituellement les mêmes vertus et une place de choix dans leurs rites funéraires, comme l’attestent des papyrus vieux de plus de 4000 ans et des peinture murales retrouvées sur les murs de chapelles et de chambres mortuaires  de mastabas (pyramides à degrés) datant de l’Ancien empire memphite.

Coriandre - Toutankhamon (tombe) (fr.wikipedia.org)

 

Dans la tombe de Toutankhamon, les archéologues ont retrouvé la trace de graines de coriandre datant de 1300 avt JC. (Toutankhamon était mort en 1346 avant notre ère.)  

 

On se souviendra que Moïse, né en Égypte, et un des personnages les plus considérables de la Thora et de l’Ancien testament était, selon une tradition peu canonique, l’enfant adultérin de la sœur du pharaon (et, selon les mœurs de l’époque, aussi vraisemblablement son épouse incestueuse) avec un Hébreux influant à la cour. 

 

Il est malaisé de déterminer à quelle époque aurait vécu Moïse. Cela a été fort débattu, mais on situe généralement son existence et ses aventures au  XIIème sècle avant notre ère. Cela en ferait un comtemporain du grand Ramsès II. L’archéologie n’a jamais pu le confirmer, et il faut bien dire que nos sources, la Thora et de l’Ancien testament, ne sont pas à proprement parler historiques. Curieusement, les sources égyptiennes – pourtant abondantes sous la XIXème dynastie des pharaons restent muettes et n’offrent aucune contrepartie à la critique. 

 

Sauvé miraculeusement des eaux du Nil, sur lesquelles une âme charitable l’avait laisser dériver confortablement installé dans une nacelle de papyrus plutôt que de le faire disparaître (un bâtard, c’est toujours un usurpateur potentiel dans une succession dynastique!), Moïse devint – comme son père naturel – un personnage important à la cour, où il tenta de défendre les intérêts du peuple asservi dont il partageait le sang : les Hébreux.  

 

Bien des années plus tard, Moïse prendra la tête de « 600.000 » Hébreux et les fera sortir d’Égypte pour les conduire vers la « terre promise », le fabuleux pays de Canaan. C’est l’histoire de l’Exode, qui nous raconte la longue errance à travers le désert (40 ans, selon la tradition !) de Moïse et du peuple hébreux. Survivre dans de telles conditions à cette époque implique nécessairement quelques « miracles », tel celui de la « manne céleste » qui intervient providentiellement pour nourrir un peuple affamé.Le saviez-vous, cette «manne céleste» a été identifiée avec la coriandre ?! 

 

«Et la maison d'Israël donna à ce pain le nom de manne. Cette manne était comme de la graine de coriandre, blanche et ayant le goût de galette au miel.
Et Moïse dit : Voici ce que l'Éternel a ordonné : Conservez-en le contenu d'un omer pour vos descendants, afin qu'ils voient le pain que je vous ai fait manger dans le désert, quand je vous ai tirés de la terre d'Egypte.
Moïse donc dit à Aaron : Prends une cruche et mets-y de la manne plein un omer, et place-la devant l'Éternel afin de la conserver pour vos descendants. »
(Exode, ch. 16, versets 31 à 33)
 

 

Si l’on accepte cette tradition, la coriandre apparaît donc comme une nourriture inconnue des Hébreux auparavant, capable de pousser dans des conditions désertiques, et dans une abondance telle qu’elle a pu nourrir un peuple nombreux.  

 

Toute l’Antiquité nous offre des témoignages que la coriandre, outre ses utilisations rituelles et symboliques, était aussi une herbe culinaire et médicinale récoltée puis cultivée depuis … Adam et Ève.  

 

On retrouve la coriandre dans l’ancienne Grèce. Elle y était à la fois  épice, parfum, médicament . A l’époque d’or du grand Périclès (-495/-429 avant notre ère), l’auteur comique athénien Aristophane (-445/-386 avant notre ère)  l’évoque au nombre des herbes aromatiques consommées par ses contemporains. Comme on buvait beaucoup de vin à cette époque, les plus fervents adeptes du dieu Dionysos, savaient pouvoir recourir à la coriandre pour dissiper les effets grisants des vins forts capiteux et indigestes de l’époque.  

 

A Rome, les amis du général Lucullus (-106/57 avant notre ère), dont la renommée doit plus à son raffinement gastronomique qu’à ses pourtant brillantes victoires militaires, l’utilisaient aussi pour couper les effets du vin et dissiper la « gueule de bois ». Mais la coriandre ennoblissait les plats, comme en témoigne cette anecdote.  Le cuisinier de Lucullus, homme appréciable, se voit reprocher un certain jour  par son maître la banalité des plats qu’il vient de servir. Il avait même omis la coriandre ! Tout confus, le cuisinier ce justifie : « Mais nous n’avions pas d’invités ce soir ! » Et Lucullus de lui faite cette réplique célèbre : « Ne savais-tu pas que Lucullus soupait chez Lucullus ce soir ! ».  Tenez le vous pour dit, ayez toujours de la coriandre sous la main, parce que « vous le valez bien !». (Ces derniers mots n’ont pas été prononcé par Lucullus, mais par Claudia Schiffer pour la publicité de je ne sais plus quel  shampoing. Au fait y-a-il de la coriandre dans certains shampoings ? Il paraîtrait que oui !) 

 

Dans les chariots qui suivent les légions romaines, la coriandre va se répandre à travers l’Europe.  

 

Au premier siècle de notre ère, le naturaliste Pline l’Ancien, qui allait mourir tragiquement quelques années plus tard en observant l’éruption du Vésuve anéantissant Pompéï et Herculanum (an 79 de notre ère), la décrit sous le nom  de coriandrium  (que Linné retiendra au 18ème siècle pour sa classification botanique) et précise que les meilleures qualités proviennent de l’Egypte, province de l’empire romain à cette époque.  

 

Au Moyen-âge, la coriandre gagne progressivement une réputation de puissant aphrodisiaque. Sur les marchés et les foires, les faiseurs de miracles et les charlatans venaient vendre d’irrésistibles philtres d’amour à base de coriandre. Les exorcistes lançaient eux fréquemment des graines de coriandre dans le feu, parce qu’elles avaient la réputation de faire fuir les démons. 

 

Dans les procédures judiciaires médiévales, les magistrats étaient souvent payés pour les actes qu’ils établissaient, non pas en argent, mais en épices. Les épices, avant Christophe Colomb et Magellan, était des produits de haut luxe, et leur attrait était plus grand qu’un poignée de pièces d’or. Beaucoup de procès ont ainsi été défrayés par un poids de coriandre. 

 

Au XXème siècle encore, il subsistait dans les campagnes de France, de Suisse et de Belgique, un rite étrange pour qu’une femme puisse s’attirer l’amour d’un homme. Il consistait à répandre des graines moulues de coriandre – réputées aphrodisiaques – sur une photo du bien-aimé. 

 

Au début du XXIème siècle (2004), des recherches scientifiques modernes ont permis d’établir que la coriandre est aussi un puissant antidote. Selon cette étude, dans le cas l’intoxication alimentaire – telle celle provoquée par la terrible salmonellose, par exemple – le pouvoir antibactérien de la coriandre se révèlerait plus efficace que les antibiotiques comme la gentamicine, dont les effets secondaires – notamment sur l’appareil auditif et l’appareil rénal  – peuvent être redoutables. On aurait identifié jusqu’à 13 substances antibactériennes bien assimilables contenues dans la coriandre.Inutile de dire que la coriandre est  autant à l’honneur sous les microscopes des laboratoires que dans la bonne cuisine. Et que l’espoir d’en tirer très prochainement de nouvelles ressources commerciales se concrétise peu à peu dans plusieurs domaines, surtout dans celui de la conservation des aliments. 

 

Allez mes amis, il faut que je vous laisse pour allez préparer mes premiers semis de printemps : des fèves des marais dont je vous reparlerai. Quant à Anne et notre amie Apolina, qui est indienne et possède une science exceptionnelle des épices et de la cuisine traditionnelle du Maharâshtrâ (État de Bombay), elles concoctent en ce moment à votre intention de petites recettes à la coriandre qui paraîtront bientôt sur ce blog. 

 

Votre bien chlorophyllement dévoué,

AMANDE PECUNIAIRE, CACAO, CACAOYER ET CHOCOLAT BELGE Cacao

Cacao - (sem[1].unige.ch)

 

 

 

 

Le bon goût du vrai chocolat belge


La Belgique a une solide réputation internationale pour la qualité de son chocolat, et le  Belge passe pour un fin connaisseur.

 

Cette bonne réputation s’émousse malheureusement au fil des années. La mondialisation du commerce, dans laquelle le chocolat représente un marché convoîté, a vu diverses enseignes légendaires du chocolat belge avalées dans de grands groupes transnationaux qui – rentabililité oblige –  en garde le nom tout en vulgarisant – immédiatement ou progressivement – la qualité traditionnelle qui a fait sa réputation. Le marketing est sensé combler la perte de qualité inévitable en matraquant les consommateurs de slogans du genre « le bon goût du vrai chocolat belge ». Les grands holdings transnationaux, comme Campbell Soup, Kraft Jacobs Suchard (devenu Kraft Foods en 2000), Nestlé … ou Yildiz, ce ne sont pas des noms qui enthousiasment le public. On évite donc de les citer. Ils sont hélas omniprésents,  et ce n’est pas nécessairement pour donner de nouvelles lettres de noblesse à notre tradition chocolatière.

 

 

 

Cacao - A[1]..


 

 

 

 «Poen, poen, wa wilde ghâ mîr hemmen»

 

 

 

Je ne résiste pas à cet intertitre en dialecte bruxellois, et j’en demande pardon à nos amis français, canadiens, suisses … et wallons. Comme c’est littéralement intraduisible, ce clin d’oeil s’adresse aux initiés du terroir (Oui, oui, aussi à toi et au Chelle, Marielle !). Pour les autres, cela devrait plus académiquement vouloir dire que le goût des pépites d’or est plus fort que celui des pépites de chocolat.

 

Lorsque l’Union européenne a avalisé l’utilisation de produits moins nobles que la fève de cacao dans la fabrication du chocolat, de petits producteurs belges ont spontanément continué à maintenir la qualité traditionnelle, malgré un nouveau cadre légal qui leur permettait d’utiliser  de l’ « ersatz » de cacao.

 

Mais en peu d’années, le succès de ces petites et moyennes entreprises est devenu tel que leurs promoteurs  – souvent familiaux au départ, et détenteurs d’un know-how envié et non-écrit – ont atteint plus vite que prévu  le seuil de leur incompétence en matière de gestion d’entreprise, tout en devant faire face à des problèmes de recapitalisation pour s’accroître ou se maintenirsur le marché. Et comme Faust, ils vendent un à un leur âme au diable en acceptant des offres financières mirobolantes faites par de grands holdings en quête d’investissements de diversification dans la fabrication de petits produits alimentaires à haute valeur ajoutée.

 

 

 

Cacao - Daskalidès
Inter

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur un air de Faust … exit la belgitude de Marcolini,   bye bye Godiva

INTER 

 

 

 

 

 

 

 

Illustration désolante toute récente : la reprise de Marcolini par Nestlé ! Jusqu’à quand le surdoué Pierre Marcolini – champion du monde de pâtisserie en 1995 – pourra-t-il imposer son savoir-faire inégalable à ses nouveaux partenaires financiers ? Le saît-il lui-même ? J’en doute un peu. En tant que consommateurs, il y a de quoi s’inquiéter …

 

Autre exemple des derniers jours, l’enseigne Godiva, déjà filiale du géant américain Campbell Soup depuis 1975 – ce qui n’est une garantie de qualité de luxe – vient d’être cédée au holding turc Yildiz pour … 850 millions de dollars !!! Qui y gagne ? En tout état de cause, pas le consommateur belge, ni la qualité du chocolat.

 

 

INTER

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cacao - Fèves séchées..


 

 

 

Consommation : neuf kilos par an et par belge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On prétend que le belge consomme en moyenne … 9 kg de chocolat par an. Avec mon son goût cyclique prononcé pour le chocolat noir (Eh bien quoi, c’est bourré de magnésium, non !?), je me situe certainement au dessus de cette moyenne; quant à Anne, si elle en consomme nettement moins … elle est particulièrement attentive à sa haute qualité, à tel point qu’en le goûtant, elle est capable d’identifier les variétés de cacao utilisées.

 

Les Forasteros sont les plus répandus et représentent environ 80% de la production mondiale. C’est le cacao basic, le moins apprécié des vrais connaisseurs.

Bien meilleure déjà est la variété Trinitario, qui représente environ 19% du cacao disponible sur le marché mondial. En fait, cette variété riche en matières grasses a été obtenue par hybridation entre le forastero, qualité standard, et le cacao haut de gamme dit criollo.

 

Le Criollo est rare, donc cher. Sa production ne dépasse pas 1% des fèves mises sur le marché.

 

Le fin du fin, pour les connaisseurs avertis, c’est le cacao vénézuélien désigné Caraque. Et il faut chercher loin, depuis longtemps, pour trouver un produit chocolaté qui en contienne encore. Fortunate  few only !

  

 

 

Cacao - Pralines Léonidas


Les pralines,  joyaux de la chocolaterie belge depuis 1921

 

 

 

 

 

 

 

 

  

On ne peut parler longtemps du chocolat belge sans évoquer les belgian chocolates, les justement célèbres Pralines belges.

 

L’invention de ces irrésistibles bouchées fourrées revient incontestablement à la créativité du chocolatier Jean Neuhaus, qui les lança en 1921 en les baptisant pralines. Le succès est aussitôt éclatant.

 

 

 

Dans la foulée de Neuhaus, d’autres enseignes apparaîssent : Corné, Daskalidès, Godiva, Mary,Wittamer … et bien d’autres encore dont le nom ne me reviens pas immédiatement à l’esprit.

 

 

 

Cacao - Logo côte d'or


 

 

 

Y a pas de cacao en Gaule belgique

 

 

 

 

 

 

Comment faire du chocolat sans cacao ? La Belgique ne produit pas de cacao. Le cacaoyer (ou cacaotier, ont peut dire les deux !), l’arbuste qui produit les « cabosses » ou fruits dont on extrait le cacao, ne pousse que dans les pays subtropicaux. Il est originaire de l’Amérique centrale et du Sud.

 

Pourtant, deux raisons (au moins) expliquent cet ancrage belge du chocolat de qualité.

 

1.     La première est que la cacao a été introduit en Europe via l’Espagne, à une époque où un Habsbourg, gantois de naissance comme chacun sait, régnait sur ce pays : el rey Carlos Primero (r. 1517-1556), le même que Charles-Quint1500-1558).  Comme l’empereur Charles-Quint était aussi le « prince naturel » des 17 Provinces de Par-deça (et donc aussi duc de Brabant, comte de Flandre et de Hainaut, comte de Namur, seigneur de Malines etc., etc.), les échanges commerciaux entre les différents États qui formaient son empire si vaste que « le soleil ne s’y  couchait jamais » étaient intensifs, réguliers et bien organisés pour l’époque.

 

2.     Une deuxième raison de l’ancrage belge, c’est l’aventure hors du commun d’un petit pays lancé par son plus ambitieux monarque constitutionnel (Léopold II, r. 1865-1909 ) dans la course coloniale réservée normalement aux grandes puissances. Les Belges colonisent le Congo, un territoire 80 fois plus grand que leur pays, immensément peuplé,  et offrant de réelles possiblités de cultures exotiques, dont les produits sont de plus en plus prisés par la bourgeoisie occidentale. Dès le début du 20ème siècle, ils vont promouvoir la culture du cacao dans la région de Mayombé. En 1910 déjà, la production de fèves atteint 900 tonnes. C’est pas giga, mais jugé comme assez encourageant.  Elle est exportée essentiellement vers la métropole, à des conditions concurrentielles, puisque exemptée de droits d’entrée. Un aubaine pour la prospérité des petites entreprises belges qui travaillent le chocolat.

 

 

 

 

 

Cacao - Dieu Chak Ek Chuah (toblerone.ch)
Ek Chuah, le dieu maya du cacao
inter
 
 
 

 

 

 

Les Aztèques chipent le cacao aux Mayas, les conquistadors l’arrachent aux Aztèques, et les Grands d’Espagne le revendiquent  comme aphrodisiaque de luxe

 

 

 

 

 

 

La culture du cacao a été développée par les Mayas, longtemps avant le début de notre ère. Certains, preuves archéologiques à l’appui. la font remonter à environ 2600 ans.

 

La civilisation maya avait rayonné en Mésoamérique pendant plus de trois millénaires et ce trouvait sur le déclin, lorsqu’au 14ème siècle, les Aztèques vinrent s’emparer de leurs villes et de leurs cultures.

 

 

Les Aztèques, peuple guerrier, reprirent à leur compte les méthodes de culture performantes des Mayas, peuple agraire. (Mayas signifie d’ailleurs « hommes du Maïs », une céréale qui – encore plus que la cacao – assura la prospérité de leur civilisation).

 

Le cacao étaient arrivé en Espagne au début du 16ème siècle, déchargé des galions que les conquistadors renvoyaient du Nouveau-Monde chargés de produits exotiques à destination de la métropole.

 

 

 

La réputation aphrodisiaque de la mystérieuse boisson chaude que les Aztèques appelaient «Xocoátl», circule sous le manteau parmi les aristocrates, et lui assure immédiatement un grand succès. (On comprend que, dans leur recherche de belle ardeur amoureuse, les hidalgos et les mantillas  aient vite  préféré le cacao à … la cantharide broyée !)

 

Menace pour le chocolat. L’Eglise s’en mêle parfois. Elle s’inquiètent de la banalisation ce « breuvage du diable » qui peut faire sombrer les âmes dans la fornication. Imaginez un peu le bordel si l’on permettait aux prêtres, aux moines et aux nonnes de s'adonner librement à ce type de consommation.

 

Rien n’arrêtera pourtant vraiment la vogue du chocolat, qui de l’Espagne, gagnera progressivement tout le monde occidental.

 

 

 

 

 

 

 

 

Cacao - Calendrier Aztèque
Calendrier des Aztèques


 

 

Christophe Colomb, premier découvreur occidental du cacao à son insu

  

C’est Christophe Colomb lui-même qui le premier – à l’occasion d’un 4ème voyage au Nouveau-Monde (1502-1504), va le découvrir

à l’occasion d’une brève incursion sur un côte de l’actuel Nicaragua et d’une rencontre avec les indigènes.

 

A la date du 30 juillet 1502, Colomb écrit dans son journal de bord : « Un long bateau emmené par vingt-cinq sauvages ramait à notre rencontre. Leur chef, installé sous un dais de paille, vint nous offrir des tissus, les objets de cuivre et des amandes qui leur servent de monnaie ».

 

Mais Colomb, qui a les idées ailleurs, dédaigne la boisson chaude, amère, et épicée qu’on lui tend, et n’imagine pas un instant l’intérêt économique que de ladite boisson allait réprésenter par la suite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cacao - Quetzalcoatl (fr.wikipedia.org)
Quetzalcoatl, le dieu-roi dont les Aztèques attendent le retour 

 

 

 

La fortune de Montezuma : 960.000 .000 de féves de cacao, sans compter l’or, l’argent et un harem

 

 

 

 

 

 

Dix-sept ans plus tard (1519), le conquistador Hernando Cortès, plus cupide que Colomb et beaucoup moins mystique, part à la conquête de l’empire des Aztèques, dans les Andes mexicaines,  à la tête d’une grosse poignée d’aventuriers (700 hommes, dont une centaine de marins). Il dispose d’une cavalerie et de 14 pièces d’artillerie.  Jamais auparavant, les Aztèques – peuple valeureux à la réputation guerrière – ne s’était laisser épouvanter. Mais cette fois, face aux chevaux et aux «machines à tonnerre » qu’ils n’ont jamais vus auparavant, ils sont éperdus et sans ardeur.

Après avoir essayé vainement de combattre Cortès, l’empereur Montezuma tente de se concilier avec l’envahisseur insolite en lui offrant des cadeaux somptueux, de l’or, de l’argent, une vingtaine de femmes ; mais il se réserve et cache soigneusement ses dizaines de millions de fèves de cacao, ce numéraire végétal bien plus précieux que tout le reste et qui semble miraculeusement ne pas attirer la convoitise du conquérant. Ouf !

Mais lors d’un festin donné en son honneur par Montezuma, Cortès boit le chocolat qui lui est présenté dans un gobelet d’or. Après l’avoir avalé avec la méfiance du vieux soudard qui craint qu’on l’empoissonne, il se sent bien, fort bien ! Il demande à la belle Malinche (= Malintzin, une princesse nahuatl), sa maîtresse indienne, quelles sont les vertus et le secret de préparation de ce breuvage amer si tonifiant. Sitôt renseigné, il entrevoit l’intérêt commercial qu’il pourrait en retirer.

 

 

 

 

Cacao - Cortès et Malinche

Cortès et la Malinche


 

 

Quelques années plus tard, il fait remettre des fèves de cacao et la recette des Aztèques à des religieux d’un monastère de la nouvelle ville d’Oaxaca. Et les bon moines, ont alors l’idée géniale d’adjoindre du sucre de canne et de la vanille à la préparation. Le chocolat, version européenne, était né !

 

 

 

 

Cacao - Mayas (bp3.blogger.com)


 

L’ « Amande pécuniaire » des botanistes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans ces civilisation précolombiennes, la fève de cacao étaient utilisées comme une unité d’échange pour le commerce. Un tzontli valait 400 fèves, tandis que 20 tzontlis représentaient un xiquipilli, soit 8000 fèves, et ainsi de suite … par valeurs carrées de 20 (= numération vicésimale).

 

En raison de l’usage de sa fève comme moyen de payement, les premiers botanistes européens qui l’ont décrit, ont baptisé le cacaoyer «Amande pécuniaire», ou plus exactement en latin « Amygdala pecunaria ». Mais dès 1737, Carl von Linné a estimé devoir le rebaptiser en « Theobroma cacao », la plante des dieux, avant de l’introduire dans sa célèbre classification. Le mot « cacao » dérive des termes mayas « Cacu Haa ».

 

Dès le 16ème siècle et jusqu’à la fin du 19ème siècle, le cacao n’a pas servi  à la fabrication des barres de chocolat, comme nous les connaissons aujourd’hui,  mais bien à la préparation de cette boisson chaude « Xocoát » si jalousement prisée des Aztèques.

 

Ce n’est qu’à partir de 1847, dans la foulée de la révolution des techniques industrielles, que le chocolat deviendra un produit à manger plutôt qu’à boire.

 

Il n’empêche que les boissons chocolatées ont encore de beaux jours devant elles.

 

Les amis, je vous laisse ici … pour aller croquer une petit morceau de chocolat noir de l’Équateur dont je raffole ! Ensuite, je passe au potager, qui me réclame.

 

A bientôt,