Plante aromatique & médicinale ancienne :

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L’INULE GRANDE AUNÉE

  « belle-Hélène », « ail de cheval », « quinquina indigène » … de la guerre de Troie à celle du vermouth !

Plusieurs d’entre vous m’ont envoyé des messages demandant l’identification exacte de la fleur qui apparaît sur une carte de voeux qu’Anne et moi vous adressions à la fin décembre. C’est à elles que j’adresse plus spécialement ce billet, tout en les remerciant de partager mes passions.

Non, non, il ne s’agit pas d’une variété d’héliante (topinambour), pas davantage d’un leucanthème (marguerite), d’un gerbera, d’un rudbeckia ou d’un coreopsis.

Cette belle FLEUR JAUNE sur laquelle butine le petit bourdon est celle d’une aunée officinale. Et cette plante appartient à la grand famille botanique des Astéracées.

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Mais l’aunée officinale (inula helenium Linné) – qui n’est pas rare dans nos régions (surtout dans les Ardennes et en Lorraine, particulièrement dans la région de Woëvre), où elle pousse spontanément sur les bords des fossés et des prés humides ou à la lisière des bois. Jadis, on lui connaissait non seulement un usage thérapeutique important, mais encore un usage culinaire qui s’est presque totalement perdu. C’est pourquoi, depuis plusieurs années, je me suis spécialement attaché à la culture de cette plante comestible et bienfaisante, elle aussi tombée dans les oubliettes de la grande consommation moderne. Redécouvrons-la ensemble.

La part de Théophraste  (Botanique)

L’aunée officinale est originaire d’Asie centrale. Son introduction en Europe est naturelle, ses graines se déplaçant fort loin au gré du vent comme celles du pissenlit. C’est une belle plante vivace et rustique dont les hampes florales s’élèvent à une hauteur de 1 à 2 mètres. Elle ne manque pas de valeur décorative et est fort robuste; les jardiniers peuvent utilement lui trouver un place au jardin d’agrément, à des endroits difficiles à mettre en valeur avec la plupart des variétés traditionnelles. (L’aunée officinale s’accommode de presque tous les sols, pourvu qu’ils soient suffisamment frais et profonds; mais sa préférence va néanmoins aux terres calcaires ou marneuses.)

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Les FLEURS – très mellifères – sont d’une belle couleur jaune, et se présentent chacune sous la forme d’un gros capitule d’environ 6 cm de diamètre. Elles sont radiées et composées de nombreux de fleurons hermaphrodites dans le disque et de demi-fleurons femelles tout autour.

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Les TIGES ont cannelées, ramifiées et duveteuses.

Les FEUILLES ont une forme ovale au pourtour denté. Elles sont vertes et lisses par dessus, blanc-grisâtre et duveteuses par dessous.

Enfin, la RACINE – qui est la principale partie consommée de la plante – se présente comme un gros rhizome (qui peut atteindre 30 cm de longueur et peser plusieurs kilos après quelques années), charnu et rameux.

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Outre ses noms français d’Aunée officinale, de Grande aunée ou d’Inule hélécine, le langage vernaculaire la désigne de nombreuses manIères – parfois amusantes et souvent révélatrices – parmi lesquelles j’ai relevé :

  • AIL DE CHEVAL (ce nom curieux et inapproprié viendrait de l’usage vétérinaire qui était fait de cette plante pour préparer des cataplasmes pour les chevaux. Cet usage est avéré jusqu’au début du XIXème siècle.)
  • AILLAUME  (je n’ai pas retrouvé l’origine de ce nom, apparemment utilisé au Canada)
  • ALANTE GRECQUE ou ALANTE DES BALKANS (ce nom provient du terme germanique Alant. L’adjectif fait allusion à l’abondance et à l’utilisation de cette plante dans les Balkans)
  • ASTRE DE CHIEN (origine inconnue pour moi, mais sans doute référence au soleil)
  • AULNÉE (orthographe ancienne pour Aunée)
  • HÉLÉNINE (d’Hélène, la beauté légendaire dont l’enlèvement provoqua la guerre de Troie, et dont les larmes abondantes auraient donné naissance à cette plante)
  • INULE CAMPANE   (D’un mot grec signifiant « purge« )
  • LIONNE  (allusion à l’aspect de la fleur ? Bizarre. A l’inverse des lions, les lionnes n’ont pas de crinières, … mais peut-être n’est-ce qu’un détail.)
  • PANACÉE DE CHIRON  (Chiron, le centaure bienfaisant de la mythologie grecque et précepteur d’Achille, connaissait bien les secrets des plantes qui soignent et pratiquait la médecine)
  • QUINQUINA INDIGÈNE  (par analogie inadéquate avec le quinquina d’Amérique – le célèbre quina-quina des Incas du Pérou – dont on consomme l’écorce et non pas la racine.)
  • SOLEIL VIVACE  (parce que la fleur ressemble à un astre ardent)

La part d’Hérodote  (Histoire)

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Dans la mythologie grecque, l’inule grande aunée serait apparue pour la première fois sur terre à l’endroit même où la belle princesse Hélène – épouse du roi Ménélas de Sparte – versa un torrent de larmes lors de son enlèvement par le prince troyen Pâris. Cette plante marque ainsi le début de la légendaire guerre de Troie.

La part d’Hippocrate  (Santé – Médecine)

La partie de la plante utilisée pour ses propriétés médicinales est la RACINE. Elle sert notamment à la préparation de la fameuse Tisane d’aunée.

Recette de la tisane d’aunée

Pour préparer cette tisane, faites tremper 3 cuillerées de racines séchées et pilées dans un litre d’eau pendant 12 heures. Ensuite, faites bouillir pendant une demi-heure. Laissez refroidir et filtrez le liquide.

Cette tisane constitue un excellent digestif. On peut aussi l’utiliser pour des bains de bouche, par exemple pour guérir les aphtes.

Les Anciens grecs et romains l’utilisaient déjà pour ses propriétés toniques et expectorantes. C’était un remède populaire réputé pour combattre les affections pulmonaires (asthme, bronchite, coqueluche, toux …). Certains l’utilisent encore aujourd’hui en inhalation.

En Allemagne, au Moyen Âge, la racine d’aunée était l’ingrédient de base d’une potion appelée « Vin de Saint-Paul » qui protégeait contre la peste, le choléra et la suette. L’abbesse Hildegarde de Bingen, très versée dans la connaissance des plantes qui soignent, considérait ce vin spécialement apte à combattre aussi les maladies pulmonaires. C’était un remède presque universel à son époque.

Cette même RACINE est également connues pour ses remarquables propriétés antiseptique, apéritive et astringente. Elle a longtemps eu la réputation de favoriser les règles et de lutter contre les états anémiques.

La RACINE D’AUNÉE est encore diurétique. Sa consommation produit des effets bénéfiques sur le système urinaire, lesquels préviennent ou soulagent les maux de reins et de vessie, ainsi que les crises de rhumatisme.

Certain médecins l’utilisaient aussi comme tonique cardiaque.

En cataplasme, elle était utilisée pour soigner les maladies de la peau, notamment l’acné, la gale, l’herpès et le psoriasis. Ces cataplasmes servaient également en médecine vétérinaire, principalement pour soigner les lésions et les blessures des chevaux. C’est de là que provient le terme « ail de cheval » donné parfois à l’aunée.

Les compresses d’infusion posées sur des paupières gonflées par le surmenage ou la fatigue ont longtemps été utilisées pour faire disparaître les cernes et l’infection.

La part de Lucullus

L’aunée n’a pas que des vertus médicinales. Elle est encore à la fois plante comestible et plante aromatique.

Attention ! Autant prévenir tout de suite, les RHIZOMES fraîchement récoltés de l’aunée ne dégagent pas une odeur très agréable. Mais cela ne doit pas vous décourager!  Une fois grattés et séchés, ils répandront même un délicieux parfum de violette. Le goût est fort et amer, rappelant celui de l’écorce de quinquina (ou du schweppes tonic).

La consommation doit rester modérée; on a constaté des réactions allergiques chez des personnes qui en avait mangé trop goulûment.

On peut faire cuire les RACINES dans l’eau bouillante, avant de les couper en tranche ou en morceaux pour agrémenter les salades. (Pour cet usage, les feuilles fraîches peuvent également être utilisées.)

Je dois déconseiller la consommation des FLEURS, non pas parce qu’elles sont toxiques mais bien parce qu’elles contiennent des fibres irritantes. Elles sont néanmoins utilisées en herboristerie, préparées à l’aide d’un sac de mousseline.

Comme plante aromatique, l’aunée aromatise des vins préparés et d’autres boissons alcoolisées. C’est par exemple un ingrédient pour la préparation du véritable vermouth, dans lequel elle produit l’effet « bitter » caractéristique.

D’une manière générale, l’aunée est disponible dans le commerce sous la forme séchée. Oh, pas dans les grands magasins bien sûr, mais dans les bonnes herboristeries de tradition qui subsistent encore, telles la Maison Izrael à Paris ou la Maison Desmecht à Bruxelles.

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La part du jardinier

Par contre, si vous êtes tentées par la consommation d’aunée fraîche, il vous faudra envisager de la cultiver dans votre jardin où allez la chercher dans un potager qui – comme ceux des Jardins de Pomone – se donne pour vocation de réintroduire la biodiversité végétale dans notre alimentation.

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Comme on peut le constater sur la photo ci-dessus, les graines de l‘inule grande aunée sont spécialement adaptées à une dispersion anémophile. (= par le vent).

Pour démarrer la culture de l’aunée, il vous faudra soit semer des graines, soit replanter une part de racines détachées verticalement de la souche principale d’un plant existant. La souche d’un plant d’aunée d’au moins deux ans peut produire une douzaine de plants nouveaux. En raison de leur taille respectueuse, il faut espacer les plants d’environ 50 cm.

Pour la consommation, les racines ne sont récoltées qu’après la deuxième année de croissance également.

Bien chlorophyllement vôtre,

José

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